J’avais rendez-vous aujourd’hui au CIC afin d’ouvrir un compte courant et de bénéficier d’une Mastercard, mes amis de la Banque postale se contentant d’offrir à mon grand désarroi la Visa.

Une fois passé le dédain de ma nouvelle conseillère pour ses confrères postaliens (il semblerait que la Banque postale, malgré l’ajout de Banque dans son intitulé, ne fasse pas l’unanimité question crédibilité dans le monde de la finance (rapport sans doute avec le décalage de l’amplitude horaire d’ouverture chez les uns et les autres (9h-16.30 au CIC, sérieusement ?!)). Bref, je referme ma gigantesque parenthèse), une fois donc passé le dédain de ma nouvelle conseillère apprenant que mes comptes sont à la Banque postale, je lui explique mon problème. J’ai besoin d’ouvrir un compte peu apprivisionné me donnant ainsi droit à une Mastercard, au cas où je me retrouve dans l’impossibilité de payer par Visa. Forcément, présenté comme ça, elle tique un peu. Je me vois donc dans l’obligation d’expliquer pour la 763è fois mon projet de tour du monde. Et là, ça n’a pas loupé, j’ai encore eu droit à cette réponse entendue 421 fois : »Mais ça ne vous fait pas peur de partir seule? »

En sortant de là, je me suis rendue compte que les gens ont en général 3 réponses types, qui reviennent sans cesse, lorsque je parle de mon projet (je n’inclus pas dedans mes amis qui, Dieu merci, ont un peu plus de répartie):

Réponse A. Tu as de la chance. Non. J’ai fait un choix différent. J’ai décidé de partir plutôt que de m’acheter une super bagnole, devenir propriétaire, monter ma boîte, faire un gamin (rayer la mention inutile). J’ai travaillé (3 ans dans ma boîte, 7 ans en tout) pour remplir les conditions nécessaires pour toute demande de congé sabbatique. J’ai fait un emprunt pour financer mon voyage, personne ne me le paye. Donc non, je n’ai pas de la chance, j’ai fait un choix de vie.
Mais je me contente en général de sourire en hochant la tête (je ne m’amuse pas à contredire mon dentiste quand il a un objet bruyant dans la main…)

Réponse B. Mais tu n’as pas peur de partir seule ? Ben si. Et alors ? Je ne comprends pas les gens qui s’empêchent de vivre parce que l’inconnu leur fait peur. Moi, ce qui me fait vraiment peur, c’est de me réveiller dans 30 ans en me demandant ce que j’aurais fait de ma vie. Bon, et les araignées aussi, mais je devrais en avoir nettement moins peur après mon TDM (enfin j’espère !).
Je réponds souvent « Si, justement ». (et perds instantanément mon interlocuteur une fois sur deux…).

Réponse C. T’as du courage (ou son élégante variante Tu es couillue). Non, pas particulièrement. Joyeusement inconsciente plutôt, je dirais. Mais ça revient peut-être au même.

Heureusement, il y a quand même des gens qui prennent la peine de s’intéresser, et qui au bout de 10 minutes de conversation, se rendent compte que c’est tout à fait envisageable et se mettent du coup à rêver de partir aussi, et ça, c’est quand même cool.