Ayant décidé de prolonger un peu mon séjour en Nouvelle Zélande, j’ai dû modifier mon billet d’avion pour l’Australie. J’en ai profité pour modifier mes deux derniers vols, celui qui m’emmènera ensuite en Thaïlande, et celui qui me ramènera de Birmanie en France. J’ai pour le moment décidé de rentrer à Paris le 16 février. Je fêterai le lendemain mes 30 ans, et je pense que c’est un anniversaire que j’ai envie de passer auprès de mes amis (chers amis, merci de bloquer vos agendas 🙂 ).
Cela m’a ainsi fait réaliser que j’en suis à la moitié de mon voyage. Presque 5 mois sur les routes, 6 pays, 10 vols, 20 longs trajets en bus, 45 hébergements, 3500km au compteur de Wilbert, et une multitude de souvenirs impérissables.

Me réveiller chaque matin en ignorant ce que me réservera cette journée, faire des plans et tout modifier si cela ne me convient finalement pas, avoir cette liberté absolue d’user de mon temps comme bon me semble, est un luxe inimaginable !

J’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs vies depuis mon départ, d’avoir expérimenté plus de choses en 5 mois qu’en 29 ans. C’est un drôle de sentiment, parfois un peu étourdissant.
Avoir parcouru les forêts canadiennes; grimpé en haut de l’Empire State Building; visité au petit matin des ruines mayas avec pour seuls compagnons oiseaux et lézards; senti sur mes épaules le poids écrasant d’un anaconda en pleine Amazonie; survolé les mystérieuses lignes Nazca; escaladé les 1600 marches du Macchu Pichu; chevauché dans les dunes chiliennes; parcouru en 4×4 les routes de l’île de Pâques; exploré des grottes à la recherche de vers luisants; sauté en parachute; ressenti mon premier tremblement de terre; rencontré de nombreux voyageurs en quête de réponses, d’un ailleurs ou d’un rêve…

Je me sens indubitablement différente de celle que j’étais il y a quelques mois. J’ai plus d’assurance, plus de confiance en moi, je me sens à présent capable de gérer à peu près n’importe quelle situation. Je suis plus sociable. Les small talks m’ennuient toujours un peu, mais je commence à en comprendre l’intérêt. Je me sens plus en paix avec moi-même. Et, ce qui me paraît le plus important à ce jour, j’ai appris à accepter les situations que je ne peux pas changer et je peux désormais juste passer à autre chose.
Bien sûr, il reste quelques névroses bien ancrées, mais j’ai bon espoir de les déloger d’ici mon retour !
Penser que j’en suis à la moitié du voyage me donne un léger sentiment d’angoisse. Ces derniers mois sont passés tellement vite, et ils ont été tellement riches ! La suite pourra-t-elle vraiment être à la hauteur ? Je l’espère. Entre l’île sud de la NZ, l’Australie et enfin l’Asie du sud, je devrais y trouver mon bonheur !
Songer au retour en France me panique également un peu. Mais c’est une bonne chose, je pense. Cela va me pousser à prendre des décisions que je repoussais jusqu’à présent, tant dans ma vie professionnelle que personnelle; à faire, même si c’est quelque chose que je déteste, des choix. Car, après tout, qui d’autre que moi peut faire en sorte que ma vie me convienne ?
Une de mes collègues m’a envoyé récemment cette citation de Marguerite Yourcenar : « Tous nous serions transformés si nous avions le courage d’être ce que nous sommes ». Je pense que voyager seul(e) permet justement d’avoir « le courage d’être ce que nous sommes ». Loin de ses repères, de ses habitudes, du regard et de l’éventuel jugement de ses proches, il est plus facile à mon sens pour tout voyageur de s’assumer pleinement. Le plus difficile sera d’être capable de continuer à le faire en rentrant, mais quel serait l’intérêt de la vie sans défi ?
Je ne sais pas si c’est l’atmosphère chaleureuse de Wellington, son soleil et son ciel beau, cette senteur revigorante de printemps, ce brownie et cette infusion miel-citron-gingembre, mais je me sens assez optimiste. Après tout, il y a bien pire dans la vie que de devoir choisir ce que l’on veut en faire !

Comme dirait Antoine, le gingembre, ça pique !
Comme dirait Antoine, le gingembre, ça pique !