Me rétablissant doucement, j’ai décidé ce matin d’aller visiter Tuol Sleng. Il s’agit d’une école qui a été transformée en camp de torture de 1975 à 1979, sous les Khmers rouges. Entre 14000 et 20000 personnes y ont été torturées avant d’être exécutées à Choeung Ek.

J’avais beaucoup hésité à y aller : était-ce approprié en tant que touriste ? n’était-ce pas une forme de voyeurisme malsain ?
J’ai finalement décidé qu’il s’agissait avant tout d’un devoir de mémoire. S’il y a bien une chose sur laquelle Marx et Churchill sont d’accord, c’est celle-ci : « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre ». Ce n’est pas parce que ce que l’on nous montre ne nous plait pas ou nous fait grincer des dents qu’il faut détourner le regard.
Près de 2 millions de Cambodgiens ont été mis à mort par leur propre gouvernement, il y a tout juste 40 ans, dans l’indifférence générale de la communauté internationale. Un peu comme pour la Syrie aujourd’hui.

Bien sûr, il y aura toujours des gens pour arguer que ce n’est pas notre problème, que la France doit régler ses propres problèmes avant de s’intéresser aux autres. Ce sont généralement ces mêmes personnes qui professent une certaine haine pour le gouvernement français et se complaisent dans l’idée que, de toutes façons, « tout va mal ». Au risque de créer de nombreuses inimitiés, je suis obligée d’admettre que j’en ai marre de lire ou d’entendre ce genre de choses. Oui, il y a des choses qui vont mal en France. Oui, même à l’autre bout du monde, je suis affligée de lire les dernières péripéties sentimentales de Monsieur Hollande. Mais tout ne va pas mal. On a beaucoup de chance de vivre en France, dans une démocratie, qui plus est laïque. Si on arrêtait 5 minutes de se plaindre, peut-être qu’on pourrait s’en rendre compte. Et peut-être qu’on pourrait également se rendre compte que c’est la responsabilité des pays dit plus « développés », financièrement et démocratiquement, de venir en aide aux peuples qui cherchent à se libérer d’une dictature, quelque soit le nom qu’elle porte, et sont massacrés pour cela. Parce qu’il n’y a pas de commune mesure entre le prix d’une baguette qui augmente et un enfant tué ou mutilé par une bombe (oui, je caricature).
Parce qu’on est humain, avant d’être français, cambodgien ou syrien, et que ce serait bien de se le rappeler, parfois.

Je finirai cette tirade avec ce poème de Primo Levi :

Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur,
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants,
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.

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