Ma dernière journée dans la peau d’une tourdumondiste touche à sa fin. Dans moins de 12h, je quitterai mon hôtel pour l’aéroport de Yangon. Un avion, une escale à Doha et un second avion, et j’atterrirai à Paris demain soir, vers 19h heure locale.

Je ferai bien sûr un article sur Yangon, Bagan et mon expérience en Birmanie, ainsi qu’un bilan sur mon tour du monde, mais ce n’est pas ce dont j’ai envie de parler pour le moment.

Ce dont j’ai envie de parler, c’est de ce que je ressens en ce dernier jour de tourdumondiste. Reste-t-on d’ailleurs tourdumondiste, une fois que le tour du monde est fini ? C’est ainsi que je me suis définie pendant ces derniers mois, que je me suis présentée. Qu’est ce que cela fait de moi, maintenant ?

Le maelstrom d’émotions que je ressens aujourd’hui, qui m’a fait passé du rire aux larmes et vice-versa plusieurs fois au cours des dernières heures, est là pour me rappeler que demain, je rentre. Et pourtant, j’ai encore du mal à le réaliser. Quand on prépare un tour du monde, on se dit que oui, partir va être difficile, qu’il va falloir s’adapter. Je pense que rentrer est plus compliqué, et que ça demande bien plus d’adaptation. Parce que, pendant plus de 9 mois, j’ai vécu au jour le jour, en écoutant mes envies, mes lubies, dans un perpétuel mouvement. Et là, tout à coup, il va falloir se poser, suivre des règles, et surtout se replonger dans une atmosphère bien différente. Les voyageurs au long cours sont certainement les gens les plus heureux que j’aie pu rencontré dans ma vie. Ils sont paumés, pour la plupart, ils se cherchent, cherchent un sens à leur vie, ne savent pas trop où ils vont, encore moins ce qu’ils vont y trouver. Mais ils sont heureux d’être là, et surtout, ils croient que c’est possible, de vivre différemment, de suivre ses rêves. Lorsque vous parlez avec eux, vous avez soudain le sentiment que tout est possible. Et tout est possible, en réalité. Il suffit d’y mettre la bonne dose d’efforts. C’est malheureusement un état d’esprit assez peu partagé par le reste de l’humanité. Dans une routine, on se plaint facilement, de tout et de rien, sans chercher de solution, et on critique, en permanence. Je le sais, j’étais comme ça. Quand on voyage, on fait avec les problèmes de bus, de dortoir, de nourriture, de fatigue. Soit parce qu’on est seul à ce moment là, et qu’on n’a personne à qui se plaindre. Soit parce que les gens avec lesquels on est à ce moment là vous aide à vous sentir mieux, à réaliser que ça n’a finalement pas beaucoup d’importance. Je vous propose donc, chers amis, le pacte « Zéro Complain ». A chaque plainte, le plaintif devra offrir thé ou café aux malheureux qui l’ont entendu. Etant donné l’état effroyable de mes finances, ça devrait m’aider à rester positive ! Deal ?

Rentrer, c’est également se demander s’il y a encore une place pour nous. Les vies de nos proches ont continué, ont avancé, sans que l’on en fasse partie. Tout comme on a avancé sans eux. Je ne peux pas m’empêcher de me demander si le lien est toujours là. Pour certains, je le sais, avec certitude. Pour d’autres, je suis moins sûre. C’est un peu effrayant. Chers amis, j’ai hâte de vous revoir, mais je me sens un peu intimidée aussi.

Heureusement, rentrer, c’est également du positif. L’idée de pouvoir ENFIN mettre des vêtements autre que ceux que je traîne depuis des mois réchauffe mon petit coeur de fille frivole. Comme beaucoup de mes congénères, j’ai passé beaucoup de temps dans ma vie à me lamenter que je n’avais rien à me mettre. Après avoir passé autant de mois avec si peu de choses, je connais désormais la différence !  Ne plus faire ma lessive à la main, ça aussi, ça va me faire bien plaisir. Je ne vous parle même pas d’avoir un placard et de ne plus avoir à faire et à défaire mon sac tous les 3 jours. Marcher sur des trottoirs sera apprécié à sa juste valeur, après plus de 3 mois en Asie où les trottoirs sont quasi inexistants. Et si en plus je trouve une salle de ciné à Paris qui passe encore le Hobbit, je risque de pleurer de bonheur (et un peu de tristesse aussi quand je verrai le prix de la place ! ).

C’est étrange, de se sentir à la fois triste et heureuse. Mais je ne regrette pas de rentrer. Je pense qu’il est temps. Mes banquiers aussi. Une de mes cartes est bloquée et je suis menacée d’interdit bancaire, une autre a vu son découvert autorisé supprimé, ce qui est bien emmerdant, et je ne sais pas ce qu’il reste sur la 3è ! De charmantes conversations en perspective pour mardi !

Allez, je vous laisse, je vais faire mon sac, pour la dernière fois. See you soon!