Cela fait déjà un mois (et deux jours) que je suis rentrée en France. J’ai du mal à le croire. J’imagine qu’il est donc temps de faire un bilan sur cet incroyable voyage, même si je ne sais pas trop par où commencer. Je n’ai pas envie de vous parler de chiffres, du nombre de pays visités, du nombre de kilomètres parcourus, à pieds, en bus (trop, ça c’est sûr !), en scooter, en bateau, en avion, du nombre d’endroits dans lesquels j’ai dormi. A raison d’un changement de lieu tous les quelques jours, je vous laisse faire les calculs si cela vous amuse, vous aurez une estimation.
De quoi parler, alors ? Peut-être de ce qu’est la vie au quotidien, quand on voyage aussi longtemps, et de ce que cela apporte.

La vie au quotidien d’un voyageur au long cours :

Attention, je ne me plains pas ici, j’essaye juste de démystifier un brin ce que j’ai vécu.

Contrairement à ce que beaucoup de gens peuvent penser, voyager plusieurs mois, ce n’est pas des vacances. Il y a toute une logistique à gérer, une perpétuelle réorganisation, tous les jours, tous les trois jours, toutes les semaines, selon le rythme auquel on se déplace.
Il faut trouver un endroit pour dormir, de préférence un endroit pas trop miteux pour un budget pas trop élevé, ce qui peut parfois s’avérer un challenge de taille. Selon les saisons (touristiques ou non), il faut également anticiper un peu et réserver. J’ai pour ma part souvent opté pour l’optimisme inconscient en allant directement dans les auberges ou hôtels pour demander s’ils avaient de la dispo. Je réservais cependant dans les villes très touristiques ou en arrivant dans un pays (ce qui me permettait souvent d’avoir un taxi à l’aéroport gratuitement ou peu cher pour me récupérer).
Il faut également checker les horaires de bus, le prix et le niveau de confort selon les compagnies, les vols intérieurs pour les longues distances (parfois pas beaucoup plus chers que le bus, notamment en Asie du Sud Est). Au bout de ce voyage, j’avais parfois l’impression que les aéroports étaient mon chez-moi.
Il faut s’adapter à un pays, à une culture que l’on ne connait et ne comprend pas toujours, à une nouvelle langue, en apprendre quelques mots, ou plus, si possible, se familiariser avec une nouvelle monnaie, avec de nouveaux modes de transports, apprendre et faire de nouvelles choses tous les jours. Puis il faut s’adapter à chaque fois à une nouvelle ville, à un nouvel environnement, à de nouvelles personnes, aussi.

Alors oui, on est libre de son temps, on est libre de suivre ses envies, ses lubies, de changer d’avis 25 fois, de rester ou de partir, mais il faut quand même prendre en compte cet aspect logistique. Et je ne vous parle même pas des visas. J’ai renoncé à aller voir une amie en Chine à cause des lourdeurs administratives du visa chinois (oui, j’ai honte).

La vie d’un aventurier en herbe est aussi ponctuée de lavages à la main ((beaucoup) trop) réguliers de chaussettes (et d’autres fringues, bien sûr. Je ne me baladais pas qu’avec des chaussettes propres, je vous rassure. Mais les chaussettes, j’en ai déjà parlé, sont ma bête noire). On perd vite du glamour.

Le budget est également un gros point noir, en tout cas en ce qui me concerne. Peut-être parce que je suis nulle avec un budget. Noter toutes mes dépenses dans un petit carnet m’ennuie prodigieusement, je ne suis pas assez rigoureuse pour cela. Ce qui m’a donc poussée à bosser en freelance à partir d’octobre, mais au final, ce fut une expérience intéressante, même si parfois stressante car rajoutant la contrainte du wifi.

Enfin, le sac. Ou plutôt, les sacs. Je pense que tout voyageur a un jour joué avec l’idée de laisser tomber son sac là, et de partir gaiement, bondissant allégrement sans aucun poids sur ses épaules. Je partirai avec beaucoup moins de choses, la prochaine fois ! Imaginez vous vivre avec 4 T-shirts et 2 pantalons pendant 9 mois (messieurs, cela ne s’adresse pas à vous, j’en connais beaucoup d’entre vous qui n’ont de toutes façons que 4 T-shirts et 2 pantalons dans leur armoire…), et devoir réemballer toutes vos affaires tous les quelques jours. Au bout de 9 mois, c’est lassant. J’aimais beaucoup Wilbert (ma voiture en NZ, pour ceux qui ne suivent rien) car je pouvais laisser une grosse partie de mes affaires dans le coffre. C’était un peu ma maison.

Et les transformations que cela implique :

Le temps prend rapidement une autre réalité. Passer une ou deux journées dans les transports devient vite une constante, et on s’y habitue vite. Moi qui détestais les trajets en bus, je me retrouvais à dire « Ce n’est qu’à 10h de bus, ça va. »… On finit même par apprécier ces trajets, et à les considérer comme part entière du voyage plutôt que comme une perte de temps.

On devient du coup plus patient. Toute personne me connaissant un peu sait que l’impatience est certainement le premier de mes défauts. Les heures passées dans les transports, ou à attendre les transports, les retards, les aléas du voyage, les changements de plan, et toutes ces choses sur lesquelles on n’a finalement aucune prise, ont réussi à m’inculquer ce que beaucoup de personnes ont essayé de m’apprendre sans succès : la patience. Voyager rend philosophe !

On apprend également à faire beaucoup plus confiance aux autres. On n’a pas le choix, de toutes façons. Je n’ai jamais eu à le regretter. Je n’ai pas eu un seul incident malheureux durant mon voyage, et les gens se sont toujours montrés incroyablement gentils, me proposant parfois de l’aide sans même que je la demande. Et ça, ça a vraiment changé mon état d’esprit. Il y a un fort esprit d’entraide, d’une part entre les voyageurs (comme cet italien qui ne me connaissait absolument pas à Bagan et qui a proposé de me donner les euros qui lui restaient lorsque je lui ai dit qu’une de mes cartes venait d’être bloquée), et d’autre part entre les voyageurs et les locaux (je pense ici à tous ces gens qui se sont spontanément arrêtés pour me demander si j’étais perdue lorsque j’étais plantée dans une rue à regarder ma carte. J’ai vécu ça dans tous les pays dans lesquels je suis allée). C’est quelque chose que je n’oublierai pas et que je souhaite transmettre à mon tour.

On se retrouve ainsi entouré, presque malgré soi, d’une incroyable atmosphère positive et bienveillante. Et on finit, je pense, et surtout je l’espère, par dégager soi-même ce positivisme et cette bienveillance.

On dépasse ses limites, également, tous les jours. Que ce soit en bredouillant quelques mots dans une langue dont on ne connaissait rien deux jours auparavant, ou en apprenant à conduire un scooter, ou une voiture à gauche, ou en sautant en parachute alors qu’on a peur de sauter d’un mètre de haut, ou encore en affrontant ses angoisses dans une grotte déserte un jour de pluie en Nouvelle Zélande… Et à force, on finit par se dire que rien n’est impossible.

La notion de confort devient aussi quelque chose d’assez aléatoire. Finalement, on n’a pas besoin de toutes ces choses dont on s’encombre inutilement. Et ça aussi, ça fait du bien de s’en rendre compte et de l’expérimenter.

Et le retour, alors ?

Le retour, c’est difficile. Mis à part mon budget à 0 (bon ok, à – beaucoup d’euros…) et l’envie de revoir mes proches, je n’avais pas vraiment de raisons de rentrer. C’est peut-être ce qui rend les choses un peu compliquées. Passée la première semaine d’exaltation, le règlement de mes tracas financiers et administratifs (merci à la Banque Postale de m’avoir gardée comme cliente et même rendue une partie de mon découvert autorisé, contrairement au CIC et à Boursorama qui ne veulent plus avoir à faire à moi…), s’installe un fort sentiment de déconnexion avec la réalité. J’ai heureusement réussi à récupérer un appartement rapidement, et j’ai également retrouvé mon poste il y a 10 jours. Les gens ont, dans l’ensemble, été incroyablement gentils et aidant à mon égard. Merci à tous ceux qui, au choix, m’ont filé un coup de main en : m’hébergeant ou en m’offrant une chambre, en me dépannant financièrement, en m’aidant à déménager, à repeindre mes murs, ou tout simplement en étant là pour moi. Merci.

La suite ?

La suite est encore floue. Il faut que je rembourse mes diverses dettes, et que je mette un peu d’argent de côté. Cela implique de rester là où je suis quelque temps, même si c’est difficile. Mais je sais que je repartirai. Je n’ai aucun doute là-dessus. Je ne me suis jamais sentie aussi vivante que cette année passée à vadrouiller. Et en attendant de repartir pour longtemps (pour toujours ?), il y aura des courts voyages. Je continuerai sans doute de poster sur ce blog, c’est quelque chose qui me plait (et qui j’espère vous plait également).

Voilà, j’arrive à la fin de ce (très) long article. Certains d’entre vous m’ont demandé ce qu’il était advenu de ma fameuse barre céréale. Elle est encore là, je l’emporterai avec moi lors de mon prochain voyage. Stay tuned !

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