Mon envie de repartir me confronte à nouveau à certaines réflexions que j’avais déjà entendues avant mon voyage, certaines réflexions que tout voyageur a probablement dû entendre au moins une fois dans sa vie.

« Mais qu’est ce que tu fuis ? »

Je ne sais jamais trop quoi répondre à cette question : faut-il sourire poliment, hausser les épaules, hurler sa frustration devant tant d’incompréhension ? Généralement, je me contente de tourner les talons ou de changer de sujet. Mais aujourd’hui, j’aimerais bien mettre les choses au clair.

JE NE FUIS PAS. Voilà. C’est dit. En majuscules, même.

Pourquoi, dans l’esprit des gens, vouloir une vie différente équivaut à fuir ? Est ce que je viens dire aux gens qui se marient, fondent une famille, s’endettent sur 20 ans pour une maison, qu’ils ne font que fuir l’incertitude de la vie et qu’ils se ferment à beaucoup de possibilités ? Non. Alors accordez moi la même indifférence, laissez moi tranquille. Laissez nous tranquille. Car je pense qu’on est beaucoup à se retrouver dans ce jugement des autres.

Surtout passé 30 ans, on a le droit à ce genre de réflexions : « Mais tu fuis tes responsabilités (lesquelles ? Lesquelles ?). Tu ne te rends pas compte que le temps passe vite, si tu veux des enfants et te marier, il faut te dépêcher (mais je ne veux pas, justement, en tout cas pas maintenant !) ». Le pire, c’est que c’est souvent des gens bien intentionnés, ou qui se croient tels du moins, qui nous disent ça. Pour notre bien. Sans comprendre que notre bien, c’est voyager, découvrir, se remettre en question.

Je ne me sens jamais aussi vivante que lorsque je me retrouve dans un endroit inconnu, seule, et que je suis submergée par cet inconnu, que ce soit par la vue, l’odorat, le goût, la barrière de la langue… Que je dois faire attention à tout ce qui m’entoure, que je dois me dépasser. Pourquoi devrais-je renoncer à ce sentiment de plénitude ? Pourquoi le réduire à une fuite ? Une fuite de quoi ? Il y a tellement de gens qui se rendent malheureux, en s’enfermant dans un schéma qui ne leur convient pas, sous prétexte que c’est ce que la société attend d’eux. Je ne veux pas finir comme ça. Avec des regrets. Est ce pour autant une fuite ?

Je n’ai pas l’impression que les gens que j’ai pu croiser durant mon voyage fuyaient quelque chose. Au contraire. Ils étaient en quête. Tout comme je le suis. En quête de sens, en quête d’un ailleurs, en quête d’une meilleure compréhension d’eux-mêmes et des autres. En quête d’une plus grande connexion avec la vie, avec le monde.

Le monde est si vaste, les chemins si nombreux, et vous voudriez nous garder enfermés au même endroit toute notre vie ? Sous prétexte que ce serait pour notre bien ? Et nous empêcher de voir ça ?

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Ou ça ?

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Ou ça ?

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Alors non, le voyage n’est pas une fuite. C’est un mode de vie, comme un autre. Il convient à certains, pas à d’autres. Mais ce n’est certainement pas une fuite. C’est un besoin. Merci de ne pas l’oublier.