C’est vers 22h30 vendredi 13 novembre que je reçois l’appel d’un ami qui me demande si je suis bien rentrée chez moi après avoir donné un cours d’anglais à sa fille, rue de Charonne. Lorsqu’il me parle d’attentats dans la rue, je ne le prends pas au sérieux. Puis j’allume France Info, et c’est le choc. J’ai du mal à réaliser. J’étais au Vietnam lors des attentats contre Charlie Hebdo, et si j’avais été bien évidemment choquée, c’est une chose de suivre ça à la télé au bout du monde, et une autre d’apprendre qu’un cinglé s’est fait sauter à 10 minutes de chez moi. Le nombre de morts s’élève rapidement pendant que textos et mails s’échangent pour vérifier que tout le monde est en sécurité. Les témoignages des rescapés du Bataclan sont terrifiants. Le silence du gouvernement aussi. Je suis, comme beaucoup, assez dubitative quant à la politique de François Hollande, mais c’est avec soulagement que je l’entends s’exprimer peu avant minuit. Etat d’urgence et fermeture des frontières. L’angoisse est palpable. Je continue à écouter jusqu’à ce que les forces de l’ordre reprennent le Bataclan. Plus de 80 morts pour la seule raison de s’être trouvés là au mauvais moment. J’éteins vers 2h30, et dès mon réveil à 7h, je remets la radio. Vers 8h30, je décide de sortir en quête d’un journal. Je croise ma gardienne, qui s’apprête à aller faire ses courses. Elle n’est pas au courant, et n’a pas allumé son portable. Ce n’est pas agréable d’apprendre à quelqu’un que plus de 120 personnes ont été tuées la veille, et de voir son visage se décomposer. On critique beaucoup les Parisiens, qu’on juge froids et indifférents. Nous ne le sommes pas.
Dans la rue, beaucoup de commerces sont fermés et les gens semblent hagards. La journée se passe à écouter les nouvelles, essayer de comprendre.

Aujourd’hui, je dois me rendre à Gare du Nord pour retrouver des amis. Je me décide à y aller à pied, en passant par le boulevard Voltaire et République. Les gens sont nombreux dans la rue. Il faut se réapproprier Paris.

Le boulevard est fermé à la circulation au niveau du Bataclan. La foule est incroyablement nombreuse. Des fleurs à la main, des yeux rougis. Des journalistes, partout.

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Des policiers sont présents un peu partout. Arrivée à République, la foule est là également, calme et respectueuse. C’est une atmosphère étrange.

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Je ne sais pas ce qu’ont voulu prouver ces terroristes, mais s’ils espéraient faire plier Paris, faire plier la France, nous entrainer dans un cercle de terreur, ils se fourrent le doigt dans l’oeil, jusqu’aux pieds !
Si Paris doit apprendre à vivre avec des menaces et des attentats pour défendre ses valeurs, alors Paris apprendra. Ce que je souhaite, c’est que les amalgames ne soient pas faits. Que le Front national ne bénéficie pas de ces attentats aux élections régionales. Le discours nauséabond de Marine « je sens le soufre » Le Pen est écoeurant. Se cacher derrière nos frontières n’est pas une option. Nous ne sommes pas des enfants, il ne suffit pas de fermer les yeux pour que les méchants disparaissent. Il faut continuer à se battre contre Daech, contre tous ceux qui menacent la liberté. On a notre part de responsabilité dans cet attentat, non parce qu’on a envoyé des missiles contre Daech, mais parce qu’on a attendu aussi longtemps pour le faire, par complaisance, pour des raisons bassement économiques ou politiques. Ceux qui s’imaginent qu’il faut avant tout s’occuper de ce qui se passe en France ont ici la preuve du contraire. Ce qui se passe dans le monde nous concerne. Nous devons prendre parti. Car nous sommes tous concernés. Fermer nos frontières aux réfugiés serait un crime contre l’humanité. Parce que ce que nous vivons depuis 3 jours, eux le vivent depuis des années. Et quand je vois sur les réseaux sociaux des appels à la haine, ça me fait peur. Bien plus que des terroristes.

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